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La mérule pleureuse : un champignon dévastateur

Peu connue et pourtant très ravageuse, la mérule pleureuse est un véritable cauchemar pour les propriétaires de résidences infestées par ce champignon, considéré comme étant le cancer des maisons. On compte les champignons susceptibles de s’en prendre aux éléments de bois au nombre de trois (mérule, tramète des maisons et phellinus cryptarum). Parmi ces trois types, la mérule ou serpula lacrymans, de son nom scientifique, est le champignon le plus dommageable et le plus répandu.

Comment le reconnaître?

Bien que ce champignon puisse s’en prendre à toutes les sortes de bois, il préfère largement le bois des résineux (sapin, épinette, pin). Ce sont exactement les mêmes types de bois que nous utilisons pour les matériaux de construction. Il n’est donc pas étonnant que ce champignon se sente bien dans nos maisons.

L’apparence de la mérule est en constante évolution et changeante avec sa croissance. Lorsque le champignon grandit sur un support humide, son aspect physique s’apparente à un épais feutre blanc d’allure cotonneuse. Quand l’eau se fait plus rare, sa coloration devient grisâtre et peut parfois être marbrée de beige ou de violet.

À cette masse de feutre pousse rapidement des cordonnets destinés à lui apporter de l’eau contenue dans le bois sur lequel le champignon se développe. Ces cordonnets d’environ 8 mm de diamètre sont de couleur brune et peuvent atteindre plusieurs mètres de longueur, propageant ainsi la maladie loin de sa source d’infection. Ce sont ces cordonnets qui entraînent sa fructification.

Lorsque le champignon grandit et atteint une taille considérable, il devient très adhérent au support. Son contour est alors blanc et sinueux et le centre est visqueux, alvéolaire et de couleur rouille très soutenue. On peut remarquer que de fines gouttelettes s’échappent du centre, d’où le nom de mérule pleureuse.

Comment se développe-t-il?

L’humidité et un manque d’aération sont les conditions les plus favorables à son apparition. Ce champignon émerge toujours sur des bois humides, généralement placés dans un lieu frais et confiné. Un vide sanitaire ou un faux plancher sont donc des endroits de choix. Chose étonnante, il n’est pas nécessaire que l’humidité soit constante pour amorcer son développement. Une courte période de sécheresse ne suffira pas à désamorcer sa croissance. D’ailleurs, les cordonnets qui alimentent le champignon en eau peuvent facilement traverser des matériaux très secs, un mur de maçonnerie ou encore un mur de béton. Par conséquent, il est très probable qu’une maison jumelée, totalement saine, devienne contaminée parce que le champignon s’est propagé par le mur mitoyen de fondation.

Au surplus d’un apport d’humidité et d’un manque d’aération, la température joue également un rôle dans la propagation de la mérule. On évalue entre 20 et 25 0C les températures auxquelles la progression est la plus fulgurante. Il est important de souligner que nous maintenons la température de nos maisons exactement dans cet intervalle de température. À 30 0C, on note un ralentissement dans sa progression et au-dessus de 40 0C, le champignon est tué.

Un autre facteur pouvant assurer sa croissance rapide relève des émanations des substances alcalines, principalement l’ammoniaque contenue dans les urines. En conséquence, les endroits mal propres, voire insalubres. Attention à l’urine des animaux, qui peut se retrouver facilement dans un faux plancher ou entre deux matériaux.

Ensuite vient l’obscurité, laquelle est généralement associée aux habitations ayant des endroits humides et confinés (vide sanitaire, faux plancher, sous-sol, etc.). La mérule fera son apparition dans l’obscurité. Toutefois, elle a besoin d’une quantité minimale de lumière afin d’assurer sa survie. Quelques minutes suffisent. C’est ainsi qu’elle fructifie. Elle devient alors de couleur rouille très foncée, dans les teintes de brun et d’orangé. À ce point, le mal est fait et les dommages sont difficilement réparables.

Ne vous méprenez pas, la mérule est sournoise. Si les conditions ne sont plus propices à son développement, elle demeura en état de latence et recommencera à se propager lorsque les conditions redeviendront favorables.

Quels dommages cause-t-il?

La mérule pleureuse est difficile à détecter. Il est pratiquement impossible de détecter un bois légèrement contaminé d’un bois sain. Par contre, la présence d’une source d’humidité (robinet qui coule depuis longtemps, présence de moisissure, gouttière défectueuse, etc.) entraîne forcément une conséquence (déformation d’une plinthe, gonflement d’un châssis, etc.). Ce sont là des dommages mineurs, mais indicateurs d’une problématique pouvant être liée à la présence de la mérule.

Une fois installée, la mérule détruit principalement le bois œuvré, lui faisant perdre toute rigidité, d’où le risque d’effondrement de la structure. Les bois à nu, comme les éléments composant l’ossature de la maison, deviendront brunâtres et finiront par s’effriter puisqu’elle s’attaque principalement à la cellulose du bois. En contrepartie, on verra apparaître sur les bois peints ou vernis des boursoufflures et des craquelures, créant un passage vers la cellulose du bois.

La mérule pleureuse émerge toujours sur des bois humides, dans des endroits confinés dans l’obscurité.
Photo : Enviro-option inc.

Un traitement est-il possible?

Dans la majorité des cas, une fois que le diagnostic est établi, il est trop tard pour intervenir. Il est fort probable que la seule solution soit la démolition de la maison. Si tel n’est pas le cas et qu’il est encore possible d’intervenir, ayez conscience que les travaux seront majeurs et que le bâtiment ne pourra être habité pendant une longue période.

Évidemment, le traitement dépendra de l’ampleur des dommages et diverses techniques peuvent être utilisées, selon ce que déterminera l’expert en décontamination responsable des travaux. Cependant, l’idéal pour contrer la présence de la mérule est de la détruire par le feu, que ce soit de façon localisée à l’aide d’un chalumeau ou encore de brûler le bâtiment en entier. Il importe de considérer que les causes du développement du champignon doivent être diagnostiquées et enrayées avant d’entreprendre quoi que ce soit.


Développement avancé du champignon sur le sous-plancher.
Photo : Enviro-option inc.

Quelles sont les précautions à prendre?

Voici les principales précautions à prendre pour éviter d’être aux prises avec ce champignon dévastateur :

Au chantier :

  • S’assurer que le bois d’œuvre respecte les taux d’humidité maximaux permis par la réglementation en vigueur, soit un maximum de 19 %;
  • S’assurer que le bois d’œuvre n’est pas soumis aux intempéries;
  • S’assurer que la ventilation est conforme à la réglementation en vigueur (vides sanitaires, sous-sol, salle de bain, etc.);
  • Entreprendre les travaux de crépissage, peinture, revêtements de plancher ou autres sur des surfaces sèches et prêtes à la pose selon la réglementation en vigueur et les recommandations des fabricants;
  • S’assurer de laisser un espace entre les lattes des planchers et l’ossature des murs;
  • S’assurer de l’étanchéité des conduites d’eau avant de fermer les murs.

À la maison :

  • S’assurer de la bonne hygiène du bâtiment;
  • Assurer une ventilation adéquate et contrôler le taux d’humidité ambiant (pas seulement dans les espaces habitables : les vides sanitaires, les greniers et les sous-sols font aussi partie intégrante du bâtiment);
  • Investiguer rapidement si vous voyez qu’un robinet fuit, qu’une plinthe est noircie ou boursoufflée ou qu’il y a présence d’un cerne au plafond.

Marie-Pier Germain
Conseillère principale – Expertise technique
Service technique

Ce texte est tiré du bulletin Information construction - avril 2016.

Bulletin Information construction