Sondage aux membres : Un optimisme prudent dans un contexte économique imprévisible
En mai 2026, l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec (APCHQ) a mené la sixième édition de son enquête semestrielle auprès de ses membres.
Les résultats montrent que le secteur de la construction résidentielle tourne à plein régime, accentuant la pression sur les pénuries de main-d’œuvre et les coûts des matériaux. Les délais pour la délivrance des permis demeurent un obstacle important à la résorption de la crise de l’habitation.
FAITS SAILLANTS
- CONFIANCE : Les conditions de marché sont favorables malgré le contexte économique. L’achalandage dans les bureaux de vente a fortement augmenté par rapport à l’année passée et plus du tiers des entrepreneur·e·s en rénovation s’attendent à un niveau d’activité plus élevé dans six mois.
- MAIN-D’ŒUVRE : Plus de la moitié des entrepreneur·e·s s’attendent à connaître des difficultés de recrutement de la main-d’œuvre au cours des six prochains mois. Les entrepreneur·e·s en construction neuve semblent éprouver plus de difficultés à recruter de la main-d’œuvre que ceux en rénovation.
- ENJEUX : Les entrepreneur·e·s sont principalement préoccupé·e·s par les coûts des matériaux et de la main-d’œuvre et les difficultés financières des ménages.
- PROJETS BLOQUÉS : Environ le tiers des entrepreneur·e·s en construction neuve ont au moins un projet retardé ou bloqué, accusant six mois ou plus de retard.
- ÉLECTIONS PROVINCIALES : L’habitation sera au cœur des priorités des membres pour les prochaines élections. Les entrepreneur·e·s sont favorables à l’élargissement du rôle de l’État dans l’habitation.

Les entrepreneur·e·s sont optimistes pour la deuxième moitié de 2026
Malgré un contexte économique imprévisible, l’année 2025 s’est terminée avec une hausse de 8,3 % de l’activité dans le secteur de la construction résidentielle au Québec. Les résultats du sondage pointent vers une autre bonne année en 2026 et corroborent les statistiques économiques du premier trimestre.
Du côté de la construction neuve, on observe une hausse de 11 % des mises en chantier au T1 par rapport à la même période en 2025. Les entrepreneur·e·s indiquent constater une forte hausse de l’achalandage dans leurs bureaux de vente. L’allègement de la taxe sur les produits et services (TPS) à l’achat d’une première propriété neuve pourrait expliquer ce phénomène.
Parallèlement, les dépenses en rénovation résidentielle ont augmenté de 21 % au T1 2026 par rapport à l’année précédente, même après ajustement pour la hausse des coûts de la rénovation. D’ailleurs, plus du tiers des entrepreneur·e·s s’attendent à un niveau d’activité plus élevé au cours des prochains six mois.

Pénurie de main-d’œuvre et enjeux de recrutement
La pénurie de main-d’œuvre en construction demeure l’un des principaux enjeux auxquels font face les entrepreneur·e·s. D’ailleurs, plus de la moitié des membres s’attendent à connaître des difficultés de recrutement au cours des six prochains mois.
Ces résultats font écho à l’étude de la Commission de la construction du Québec (CCQ) concernant les prévisions des besoins en main-d’œuvre. L’organisation estime qu’il faudrait ajouter 17 000 personnes par année sur les chantiers assujettis pour répondre à la demande croissante en main-d’œuvre.
Selon les résultats du sondage, les enjeux semblent plus grands dans le secteur de la construction neuve que dans celui de la rénovation résidentielle.

Les coûts au cœur des préoccupations
Pour la première fois depuis plusieurs trimestres, ce sont les coûts des matériaux qui arrivent au premier rang des enjeux pour l’industrie, un aspect qui inquiète près de la moitié des entrepreneur·e·s. Une part importante des répondant·e·s anticipe des problèmes d’approvisionnement en matériaux au cours des six prochains mois, notamment pour les composantes « sur mesure » comme les portes et fenêtres.
Comme mentionné ci-dessus, la pénurie de main-d’œuvre et la hausse des coûts qui en découle inquiètent grandement les entrepreneur·e·s. Ces enjeux sont préoccupants puisque la rémunération représente plus de 40 % des dépenses opérationnelles des entreprises en construction résidentielle.
Selon Statistique Canada, les coûts pour la construction de bâtiments résidentiels neufs au Québec ont augmenté de 8,8 % au cours des 12 derniers mois. Pour la rénovation résidentielle, il s’agit plutôt d’une hausse de 5,4 % sur la même période. Ces niveaux sont supérieurs à l’inflation observée durant la même période au Québec, qui atteignait 2,9 %.
Dans ce contexte de hausse rapide des coûts, les entrepreneur·e·s se préoccupent de plus en plus des difficultés financières des ménages.

Du sable dans l’engrenage des municipalités
Plus du tiers des entrepreneur·e·s en construction neuve ont au moins un projet accusant six mois ou plus de retard. Les délais affectant la délivrance des permis est la principale cause derrière près de la moitié des projets bloqués au Québec. Ces délais ont augmenté drastiquement dans plusieurs grands centres urbains au cours des dernières années.
Les moratoires sur la construction neuve arrivent en deuxième rang des causes de retard. Ils sont responsables de près de 20 % des projets bloqués. Ces moratoires sont souvent imposés à cause d’enjeux liés aux infrastructures municipales en eau. Selon l’Union des municipalités du Québec (UMQ), près de 36 000 logements à travers le Québec sont en attente de la levée de moratoires pour qu’on puisse amorcer leur construction.
L’habitation sera un enjeu décisif au cours des prochaines élections
Les entrepreneur·e·s sont favorables à la création d’un « super-ministère » de l’Habitation, ayant un rôle élargi et doté de pouvoirs transversaux, capable d’agir de manière structurante sur l’ensemble des leviers de l’État. Son importance dans le cabinet du prochain gouvernement serait alors similaire à celui du ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie.
De plus, la moitié des entrepreneur·e·s soutiennent l’élargissement du rôle de la Société d’habitation du Québec (SHQ) en s’inspirant de modèles en place ailleurs au Canada. Cette modernisation de la SHQ lui permettrait de répondre à un plus grand nombre d’enjeux découlant de la crise de l’habitation.
Conclusion
Au total, 427 entrepreneur·e·s en construction résidentielle ont répondu au sondage, ce qui représente 1,9 % de nos membres. Plus de la moitié des répondant·e·s sont des entrepreneur·e·s généraux et plus de 70 % de ce nombre exploitent des entreprises de 10 employé·e·s ou moins.