Roche, couteau, mousse plastique
Le défi de la protection des mousses plastiques
Un entrepreneur devait livrer une maison au cours des prochaines semaines. Comme cela arrive souvent, son client prévoyait de finir le sous-sol lui-même.
L’entrepreneur avait giclé les solives de rive de l’intérieur avec 3 pouces de polyuréthane. En comptant les autres éléments composant la solive de rive, l’isolation atteignait le total requis de R-24,5.
Mais il restait la délicate question de la protection des mousses plastiques. Pendant plusieurs années, notre entrepreneur avait simplement ajouté une natte d’isolant de fibre de verre du côté intérieur sur environ 2 pieds. La Ville acceptait cette façon de faire, mais depuis l’adoption des nouvelles exigences en ce qui concerne l’isolation, ce procédé n’est plus suffisant. La popularité de l’isolation des solives de rives avec des mousses plastiques comme le polyuréthane Type 2 est-elle qu’on doit maintenant les protéger. La protection est donc devenue impérative partout au Québec.
L’article FT-9.10.17.10. du CCQ 2015 prévoit que la protection peut être faite, à certaines conditions (normes et épaisseurs minimales), par un enduit de plâtre, une plaque de plâtre, un contreplaqué, un panneau de fibre dur ou un panneau de fibre isolante.
L’article réfère aussi à une barrière thermique conforme au paragraphe 3.1.5.15.2)*
Heureusement pour notre entrepreneur, le service technique de l’APCHQ a produit la fiche technique S5-07 qui renferme les exigences applicables.
Analyse détaillée
Pour les entrepreneur·e·s plus assoiffé·e·s de connaissances, voici une analyse plus détaillée.
La section 9.25.4. du CCQ nous rappelle de faire très attention lorsque l’on place le pare-vapeur du mur ailleurs que du côté chaud de ce mur. En présence d’une solive de rive giclée au polyuréthane, placer de la laine de roche du côté intérieur du pare-vapeur pourrait poser problème puisque le polyuréthane giclé de 11/2 po ou plus a une perméance à la vapeur d’eau inférieure à 60Ng/Pa*s*m2.
C’est le cas et l’on doit se tourner vers la section 9.25.4. portant sur les matériaux pare-vapeur en feuilles ou en panneaux. Or, l’isolant de polyuréthane giclé Type 2 s’apparente à notre avis à un panneau une fois mis en place et les entrepreneur·e·s devraient vérifier le ratio décrit dans la section.
L’objectif de cette section est de s’assurer que lorsqu’on place un matériau pare-vapeur du côté froid du mur, il existe suffisamment de valeur isolante du côté froid du pare-vapeur pour éviter la condensation dans le mur. Le ratio valeur isolante extérieure/valeur isolante intérieure sert à mesurer la valeur isolante requise du côté extérieur en fonction de l’isolation du côté chaud du pare-vapeur ainsi qu’en fonction de l’endroit où le bâtiment est construit.
Plus la région où l’on construit est froide en termes de degré jours C0, plus il faudra d’isolant du côté extérieur.
Cette section est formulée en fonction de l’idée traditionnelle selon laquelle la cavité murale aura une valeur de résistance thermique élevée (ex. : R-19 avec des 2 po x 6 po) et qu’un panneau isolant extérieur (coupure thermique) tel un polystyrène extrudé sera mis en place du côté extérieur du mur. Règle générale, on exécute le calcul du ratio pour déterminer s’il faudra mettre 1 po, 1½ po ou encore 2 po de polystyrène extrudé du côté extérieur.
Dans le cas qui nous concerne, c'est-à-dire la mise en place de laine de roche, on utilise un isolant extérieur (polyuréthane giclé) qui possède une haute valeur de résistance thermique. En pratique, on gicle au moins 1½ po de polyuréthane giclé Type 2 pour bénéficier de la caractéristique pare-vapeur.
Les calculs du ratio du Tableau 9.25.5.2. du CCQ indiquent tous qu’avec 1½ po de polyuréthane giclé et l’un des quatre produits Roxul mentionnés plus haut, le ratio minimal est atteint ou dépassé, tant pour Montréal (ratio de 0,2) que pour Québec (ratio de 0,3). Le problème n’est pas là.
L’entrepreneur·e avisé·e aura compris que 1½ po de polyuréthane (R-9), plus l’un des quatre produits conformes de Roxul, produira un mur dont la valeur R totale se situera entre R- 20,3 et R-36,3.
Une composition minimale utilisant 1½ po de polyuréthane giclé (R-9) auquel on ajoutera un COMFORTBOARD IS de 2 po (R-8) n’atteindra pas le R total minimum requis de R-24,5.
Pour ce qui est du COMFORTBOARD IS 3 po, il y aurait moyen d’atteindre R-24,5 en ajustant un ou deux composantes au mur.
En pratique, si l’on n’a que 1½ po de polyuréthane giclé, il vaut mieux opter pour un produit Roxul COMFORTBATT (R-22 ou R-24).
Compositions de murs ayant diverses épaisseurs de polyuréthane :



Enfin, pour les entrepreneur·e·s qui préfèrent travailler avec la règle dite du « 2/3 - 1/3 », voici un petit calcul. La règle de Ressources naturelles Canada (Maisons R-2000 et Novoclimat 2.0) demande de respecter un ratio 2/3 : 1/3 entre la valeur d’isolation du côté froid du pare-vapeur et la valeur d’isolation du côté chaud.
Pour atteindre un R total de R-24,5 (Partie 11 du CCQ) :
- Valeur isolante extérieure (2/3) : Polyuréthane R-16 - environ 3 po
- Valeur isolante intérieure (1/3) : COMFORTBOARD 2 po R-8
Ce résultat qui rejoint le résultat de l’analyse précédente par le ratio R ext./ R int.
*L’article 3.1.5.5.2) du CCQ se lit comme suit :
« La mousse plastique…est autorisée…à condition qu’elle soit séparée des espaces contigus…par une barrière thermique :
- e) autre qu’un isolant en mousse plastique et qui, à la suite de l’essai selon la norme CAN/ULC-S124, " Évaluation des revêtements protecteurs de la mousse plastique ", satisfait aux exigences de la classe B. »